[Facebook] Avenir de Migennes
82 ans. 82 ans depuis que les maquisards ont fait leur entrée dans nos rues, depuis que Migennes a retrouvé — au prix du sang et du sacrifice de tant des siens — le visage de la liberté.
Chaque année, nous revenons en ce lieu. Non par habitude. Non par obligation. Mais parce que l’oubli serait une trahison. Parce que ces pierres, ces noms gravés, ces drapeaux portés avec dignité sont autant de témoins vivants d’une époque où notre liberté n’avait rien d’évident — où elle s’est conquise, rue après rue, dans une ville dévastée, par des femmes et des hommes qui ont choisi la résistance quand il aurait été si simple de se taire.
Faire Nation n’est pas une chose facile.
Et s’il est bien une chose que cette commémoration nous rappelle chaque année, c’est que de nombreuses vies ont été sacrifiées pour maintenir notre nation telle que nous la concevons aujourd’hui, avec ses valeurs d’Égalité, de Fraternité et de Liberté.
C’est avec ces valeurs que les Migennois ont fait face aux défis qui ont suivi le bombardement dévastateur du 31 juillet 1944. Ce jour-là, 127 bombardiers alliés ont visé le pont du chemin de fer, nœud ferroviaire stratégique au cœur de notre ville. Le pont a résisté — une seule voie a survécu — mais c’est Migennes qui a payé le prix. La ville a été laissée presque entièrement en ruines. Privée d’eau, d’électricité, plus de 6 000 personnes se sont retrouvées sans abri, pour plus d’une année.
Et pourtant. L’espoir n’a pas disparu.
Le 22 août 1944, grâce à l’aide déterminante des hommes du maquis de Bourgogne, du maquis de Bayard, et des 78 hommes venus de Bussy-en-Othe, notre ville a été libérée. Rejoints par le groupe migennois « Camille », ensemble ils ont sécurisé Migennes, installé leur QG au Vieux Migennes, et redonné à nos habitants leur dignité.
À eux, nous leur devons d’avoir été libérés. À eux, et à tous ceux qui ont résisté dans l’ombre — cheminots saboteurs, femmes et hommes de l’ombre, déportés qui ne sont pas revenus.
Après la Libération, les Migennois ont entrepris la tâche colossale de la reconstruction. Brique après brique, rue après rue, ils ont rebâti leur ville. Notre marché couvert fut l’un des symboles de cette renaissance — après avoir été lui aussi largement détruit dans les bombardements, avant d’être relevé, comme tout le reste, par une communauté qui refusait de disparaître.
Les étapes que nous avons parcourues ce soir — du monument aux morts à la gare, en passant par la stèle Jean Moulin et la perception — sont des lieux de mémoire qui nous invitent à comprendre le sens de notre Histoire et son impact sur nos vies. Ils ne sont pas des décors. Ce sont des cicatrices que nous avons choisies de laisser visibles, pour que chaque génération puisse les lire.
Et cette transmission, justement, est au cœur de ce qui nous préoccupe aujourd’hui.
Parmi nous ce soir, il y a des enfants, des adolescents, des jeunes adultes. Et je veux leur parler directement.
Vous êtes nés dans une France en paix. Et c’est une chance immense — une chance que des hommes et des femmes ont achetée de leur vie, ici, dans cette ville, dans ce pays, il y a quatre-vingt-deux ans. Quand vous marchez dans les rues de Migennes, vous marchez sur un sol qui a été bombardé, incendié, libéré.
Je dis cela non pour accabler, mais pour éveiller. La liberté que vous connaissez est un héritage. Et les héritages, quand on ne les entretient pas, s’effacent.
C’est pourquoi nous travaillons, ici à Migennes, à réassocier la jeunesse au devoir de mémoire et à l’esprit de patrie. Les commémorations ne doivent pas être des cérémonies d’anciens.



